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Auteur Sujet: Avant le départ... [Libre]  (Lu 663 fois)
Acharbot
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« le: Décembre 11, 2009, 01:22:15 am »

Comme dans toutes les histoires qui devaient bien commencer quelque part, cette histoire-là commença à Petrol Park, une région pétrolifère au sud de Red Mountain et plus précisément à l'exploitation pétrolière qui depuis des années extrayait et même raffinait sur place une partie du brut exporté sur tous les continents.
L'exploitation était connue pour être vaste. Sept cuves vastes comme dix terrains de football formaient un croissant face aux bâtiments d'administration, aux dortoirs, à des puits de sape et aux bureaux d'étude, enfin toutes les structures véritablement habitées qui formaient un vaste complexe achevé par les hangars et les centres de stockage.
Deux raffineries à l'extérieur, chacune prenant d'un côté ce complexe et reliées par des pipelines aux cuves, ressemblaient à de gigantesques tuyauteries entremêlées d'où surgissaient quelques cheminées et deux grandes flammes. Autour de ces raffineries stagnait l'odeur du gaz et du pétrole mais elles ne dégageaient que de la vapeur d'eau, étonnamment écologique, ce qui avait permis de les installer si proches du complexe même.
Ensuite venaient les parcs de véhicules, les surfaces de livraison et les échangeurs, un grand réseau routier qui permettait de coordonner les opérations de transport entre le complexe même et les multiples puits d'extraction autour de l'exploitation. Petrol Park était connu enfin pour que l'une de ces routes, large de six voies, soit surélevée par rapport à un sol jugé instable, et que cette route par un long détour encercle le complexe, les cuves et les raffineries, de sorte qu'elle était une sorte de muraille.
Et c'était assez vrai puisque, à l'époque de sa construction, on craignait les pillards encore actifs dans la région.
Le nouveau directeur de l'exploitation devait arriver ce matin, en même temps que l'aube, à bord d'un car de travailleurs également en début de contrat. Ils approchaient de la plaine encore cachée par une crête, quand leur attention se porta sur la fumée des cheminées. Avec l'aube, il était difficile de le distinguer mais au loin d'une blancheur légère les cheminées crachaient des paquets de fumée noire. Aussi, il y avait tant de fumée que ce ne pouvait pas être l'oeuvre que des cheminées.
Le bus déboucha sur la plaine, aussitôt ils aperçurent l'ensemble du complexe dont l'une des cuves était en flammes, et au-devant du complexe sur la route un campement de fortune rempli des travailleurs et de la direction de l'exploitation. Ils s'arrêtèrent au milieu de ces gens encore impressionnés par la violence de la nuit, et se mirent à demander des renseignements.

Durant la nuit des camions étaient entrés par l'accès principal, l'accès sud qui était un vaste pont sous la route surélevée de béton. Ces camions modulaires n'avaient rien d'ordinaire : ils portaient tous explicitement la marque d'Eggman. Les sentinelles n'avaient rien pu faire, personne n'avait été capable de comprendre ni de rien empêcher. En quelques minutes les badniks grouillaient dans tout le complexe et les pawns expulsaient les travailleurs endormis, les équipes au travail, ne prenaient même pas la peine de les regrouper, les jetaient à l'extérieur.
Ils s'étaient d'abord regroupés sur le lieu de ce campement, puis le directeur avait voulu tenter de reprendre le complexe malgré la présence de tant de machines. Avec un groupe, il avait approché de l'accès principal. Des tirs de mitrailleuse les avaient convaincu de faire demi-tour sans discuter. Plus tard dans la nuit, l'une des cuves avait explosé et alors ils avaient distingué, à la lueur des flammes, les machines qui patrouillaient sur la route.
À leur tour les passagers du bus découvrirent ces machines. De l'extérieur, il ne semblait pas y en avoir beaucoup. Quelques groupes roulaient par deux ou par trois sur la route surélevée qui formait comme une muraille. Une demi-douzaine gardaient le vaste accès et enfin, d'autres groupes tout aussi réduits, et très clairsemés, ils les comptaient sur les doigts d'une main, patrouillaient à l'extérieur. En tout, ils n'en dénombraient pas quarante.
Mais il y avait ici des sphères sur chenille armées de mitrailleuses, d'autres armées de roquettes et d'autres encore de lance-flammes et qui utilisaient la route pour se positionner. Les badniks qui patrouillaient dehors faisaient penser à d'énormes bulldozers, leur lame surtout à l'avant, comme les pare-chocs des vieilles locomotives, ils les reconnaissaient. Enfin il y avait d'autres sphères, volantes celles-là, autour desquelles gravitaient d'énormes boules chargées de piques. Ils en avaient entendu parler, ils ne s'en souvenaient juste pas comme ça.
Mais de l'intérieur, les travailleurs n'en voyaient rien.

Ils étaient là à se demander quoi faire, le nouveau directeur disait d'appeler le G.U.N., l'ancien parlait de rejoindre la ville la plus proche, les travailleurs attendaient simplement et tout le monde était désorienté par un acte aussi insensé. Soudain des exclamations éclatèrent parmi eux, tandis qu'ils montraient ce qui se passait au complexe.
D'entre les bâtiments commençait à s'élever, flottant, une énorme masse de métal, grande comme une maison. C'étaient quatre écrans géants sur lesquels s'affichèrent le symbole de l'Eggman Army. En même temps retentit le thème du docteur alors que continuait à brûler la cuve. Ils sentirent le sol trembler. Ils entendirent assez mal mais entendirent quand même comme des pas de géant et devinèrent des silhouettes d'acier se déplacer entre les bâtiments.
Mais ce fut tout. Et mis devant le fait accompli, il n'y en eut pas un seul pour savoir quoi faire ni vers qui se tourner.
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« Répondre #1 le: Janvier 30, 2010, 09:25:51 pm »

En tout cas certainement pas vers le petit robot qui patientait en silence à l'écart. Il ne pouvait pas faire grand chose pour remédier à cette situation, et en avait lui-même conscience.
  D'ailleurs, sa présence fut la cause d'un nouveau débat quand l'ancien directeur le remarqua et commença à crier à qui voulait l'entendre qu'
ils étaient là. On eut bien du mal à lui faire comprendre que ce n'était pas là un robot d'Eggman mais un nouvel employé de la raffinerie. Le concept de robot salarié était difficile à appréhender pour la majorité des gens présent pour qui une machine était soit un outil sans autonomie, soit une menace cherchant à les détruire. A dire vrai, c'était une définition convenant à la majorité des robots. Mais pas à celui-ci – au grand dam du nouveau directeur, qui se demandait encore si le prix qu'il réclamait valait la peine de l'engager.
  D'ici à ce qu'ils réclament le droit de vote...

  Mais justement, pour certains cela commençait à apparaître comme une bonne idée. L'équipe de sécurité de la raffinerie n'avait opposé à leur expulsion qu'une résistance très modérée, n'avait pas eu le temps de saisir le moindre armement, et n'était de toute façon pas aptes à combattre des ennemis mécaniques si lourdement armés et qui les déppassaient en nombre, cela d'autant plus qu'elles avaient maintenant l'avantage considérable d'être dans le complexe, qui servait pratiquement de forteresse. Mais le nouvel employé, c'était justement un robot, non ? Quoi de mieux pour lutter contre d'autres robots ? On avait qu'à lui demander d'aller déloger les envahisseurs, c'était son job après tout.

  « Vous ne le voyez pas parce que mon visage n'est pas articulé, mais à cet instant précis je vous regarde d'un air perplexe autant qu'affligé par la stupidité de votre requête. »
  Il fallut ensuite enfoncer les portes ouvertes en leur rappelant que le robot faisait à peine un mètre cinquante, n'avait aucun armement autre que ses propres capacités fort couteuses en énergie et que, non, définitivement non, il n'était pas capable de détruire autant de robots à lui tout seul, surtout alors qu'il venait à peine d'être engagé et que même en cas de victoire sa paye restait une perspective des plus distantes.
  Bien sûr, il y avait toujours moyen de s'arranger.

  Si il était impossible de les déloger par la force, il pouvait malgré tout s'infiltrer dans le complexe en quête d'information, chercher à savoir pourquoi diable Eggman en voulait à cette raffinerie, jusqu'à quand ils comptaient rester, ce qu'ils comptaient faire au juste avec les installations, et en quoi consistaient les forces ennemies. Avec ces renseignements on pourrait prendre une décision plus éclairée – en contrepartie de quoi le mercenaire exigeait de recevoir dès son retour la paye qu'il devait avoir à la fin du mois, mettant ainsi fin à son contrat.
  L'ancien directeur et le nouveau recommencèrent à se quereller, le premier n'avait pas confiance et estimait qu'une tentative hostile pourrait donner aux robots d'Eggman l'idée qu'ils feraient mieux de tous les abattre, le second voulant à tout prix montrer qu'il avait eu une idée du tonnerre en engageant un mercenaire en fer-blanc. Finalement on décida qu'il y avait de fortes chances pour qu'il se fasse descendre et qu'ainsi on n'aurait pas à le payer du tout, et on accepta la proposition.

  Le robot s'éloigna donc du campement – en passant derrière une dune, pas en allant vers la base. Intrigué, le groupe se demanda où diable il allait, d'autant qu'il mit de longues minutes à reparaître.
  Lorsqu'il le fit, ce loin à l'est – de la raffinerie, il semblait venir du fin fond du désert, ou peut-être des Red Mountain elles-même. Il marchait lentement, laissant tout le temps aux défenseurs du complexe de le mettre en joue et aux propriétaires de la raffinerie celui de s'arracher les cheveux en ne demandant ce que le robot comprenait au juste quand on disait « infiltration ».
   A une cinquantaine de mètres – autant dire rien du tout vis à vis des énormes distances que créait le désert, et qui perturbait le Mobiusien oriental de base pour qui tout était à une demi-heure de trajet – à cinquante mètres donc du pseudo-mur que formait la six-voies, le robot s'arrêta, son alliage gris ne brillant pas du tout comme de l'argent sous le soleil du désert et ayant en fait plutôt l'air de vieille ferraile érodée par le sable, ce qui n'était pas très sexy.


  « Unité E-121 Phi matricule 000121014 demande accès au complexe. »
 
  C'était une idée qui valait ce qu'elle valait, autant dire plus que creuser un tunnel sous le sable, le seul autre moyen d'entrer sans se faire voir.
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« Répondre #2 le: Janvier 31, 2010, 08:00:15 pm »

Il n'existait aucune raison de l'arrêter. Cela pouvait signifier que le robot ne représentait aucune menace, ou de par le fait qu'il était un robot la troupe déployée qui gardait la raffinerie le laisserait passer. Mais en fait le sens était celui-là qu'il n'existait réellement aucune raison de l'arrêter, les machines ne disposant d'aucune consigne ni d'aucune procédure. L'hostilité seule pouvait déclencher une réaction, l'observation d'un danger quelconque ou, bien entendu, la priorité. Le robot n'était rien de cela aussi loin de déclencher aucune autorisation, il ne fut simplement pas remarqué.
Aussi personne n'arrêtait ce qui n'existait pas.
Dans le même temps lui-même ne pouvait en avoir aucune idée. Deux ou trois de ces badniks énormes, leur lame à l'avant leur servant de gueule, erraient isolés à proximité de cette muraille qu'était l'autoroute. Dessus, face à Omicron, sur la bande la plus proche s'étaient arrêtées trois de ces sphères sur chenille, leurs armements tournés sur le désert, il aurait pu croire sur lui, il n'en était rien. Rien ne réagissant, ni réponse ni action directe mais les rumeurs des cheminées, le vacarme des machines dans la raffinerie, rien ne permettait de juger ce qui l'attendait.

La seule machine qui aurait pu l'écouter ne se trouvait pas là.

Aux premières loges les badniks patrouillaient, destinés à repousser les intrus ils devaient tenir ces derniers à distance le temps que s'achève l'opération. Aux secondes loges les robots utilitaires, ces géants si effrayants, chargeaient les citernes encaissées par dizaines, vidaient dedans en surpression les gigantesques cuves de la raffinerie. Des millions de barils dans moins de cent caisses, il s'agissait d'une opération de vol violemment orchestrée. Aux troisièmes loges surplombant l'opération les gigantesques écrans flottants permettaient à Acharbot de superviser son plan. Il voyait son plan s'accomplir, ce plan accompli il ne le reconnaissait plus mais le menait à bien, mécaniquement.
Or comme il avait découvert ce plan son créateur l'avait mal compris. Il n'avait plus cru à des forces temporaires mais à une nouvelle base et l'opération qui n'aurait dû prendre que quelques heures, vider une cuve ou deux, à force de s'éterniser lorsque l'aube monta, cette opération était devenue de l'occupation pure et simple.
Les nouvelles instructions arrivaient aux machines sur place, les renforts étaient en route. Bientôt Petrol Park serait annexé à l'Eggman Army, le complexe servirait à de nouvelles chaînes de montage et à l'export de brut. Un export inutile, tant qu'il y avait l'Eggmanland, utile pour qui n'y avait pas accès, plus utile encore pour qui s'en trouvait trop loin. Une routine erronée, quelque part, avait transformé cette action brutale mais sans grand danger en véritable acte de guerre.

C'était là-dedans qu'Omicron, sans y songer, allait se rendre.
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« Répondre #3 le: Février 01, 2010, 05:11:23 pm »

  Alors bien sûr, il commença par ne rien faire. Omicron n'avait pas spécialement envie de se faire agresser par les badniks. Mais comme personne ne lui répondait, il dut se rendre à l'évidence : il n'y aurait aucune réaction. Et tout à sa géniale idée de se faire passer pour un robot eggmanien, il venait de dévoiler en grand sa position, ruinant toute possibilité d'infiltration discrète. En toute honnêteté, il commençait à douter de mériter sa paye.
  Au bout de cinq minutes d'une indifférence totale, il décida qu'il n'avait pas vraiment le choix. Soit il fallait se retirer et tenter un nouveau style d'approche, soit il pouvait jouer quitte ou double et avancer – après tout, on ne semblait même pas le voir, alors peut-être ne l'arrêterait-on pas. D'un autre côté, les trois sphères armées qui pointaient leurs canons dans sa direction pouvait faire feu à tout moment et il n'aurait plus qu'à s'enfuir en courant et en rattrapant ses morceaux épars.
   A tout hasard, il avança de quelques pas, sans réaction. Il fit quelques mètres de plus dans le sable, à pas très mesuré. Au bout d'une quinzaine de mètres, il décida qu'il valait mieux ne pas prendre de risque et s'apprêta à changer de direction. Mais alors il remarqua un détail qui lui avait d'abord échappé : malgré son avancée, les canons des sphères n'avaient pas suivi ses mouvements. Il les avait cru pointés sur lui, mais ils avaient toujours le même point de mire, vaguement à l'horizon.

  En fait, les robots ne s'intéressaient absolument pas à lui. C'était presque vexant.
 
  Un peu rassuré, il continua sa route avec circonspection, mais aucune menace n'apparut. Le pas toujours mesuré, il passa entre les trois badniks qui roulaient sans but sur le sable, atteignit l'autoroute, sans que personne n'aie semblé remarqué sa présence. Il passa entre les colossaux piliers qui soutenaient l'autoroute – et il aperçut enfin le spectacle qu'offrait l'intérieur du complexe.
  Si des humains avaient envahi la place, le tout aurait été impressionnant par sa frénésie. Les cris jaillissant de toutes parts qui se confondaient en brouillant tous les ordres, les courses effreinées, les objets renversées, la foule en désordre total, l'impression d'être perdus dans leur propre chaos et pourtant une espèce de fanatisme, d'objectif qui aurait guidé ce désordre ambiant et donné aux pillards des yeux fous.
  Parce que le spectacle parfaitement ordonné et silencieux qui s'étendait sous ses yeux n'offrait rien de tout cela, il n'était pas impressionnant : il était effrayant.
 
  Une des cuves brûlait sans que nul ne s'y intéresse, et les machines colossale vidaient les cuves avec ce qui semblait être une effrayante rapidité, et on aurait pu croire que toute cette agitation serait finie dans une dizaine de minutes. La froide logique néanmoins rappellait que la quantité de pétrole contenue dans les cuves était proprement titanesque. Si les robots avaient l'intention de les vider entièrement, ils en avaient pour des heures.
  Probablement.
  Le sentiment qui tenaillait Omicron à cet instant n'était pas la peur d'un tel rassemblement de troupes, ou même l'incertitude de ce qu'il devait faire. C'était le sentiment désagréable de manquer d'information : ne pas savoir à quelle vitesse le pétrole s'écoulait dans les citernes, quelle quantité il restait dans les cuves, quelle quantité les badniks cherchaient à puiser. Il avait beau faire des suppositions, il ne
savait rien. Les robots pouvaient plier bagages dans les vingts minutes ou être encore là demain.

   Il y avait plus problématique. En déambulant à travers la foule affairée, il cherchait à comprendre ce qui se passait ici. Qu'ils cherchaient à voler le pétrole, c'était une évidence. L'Eggmanland lui-même avait besoin de sources d'énergies faciles d'utilisation pour ses activités les plus consommatrices  - on n'allait pas créer un générateur alimenté en flickies pour une usine sidérurgique. Mais les troupes étaient là depuis hier, ce qui était trop. Une nuit était la durée idéale pour embarquer une grosse quantité de pétrole et s'enfuir sans aucune chance de représailles. En s'attardant ils prenait le risque d'une contre-attaque. A cette heure-ci, si les dirigeants de la centrale avait décidé d'appeller le GUN, il serait trop tard. Même en partant maintenant, ils n'auraient pas rejoint une zone sous contrôle d'Eggman avant qu'un groupe de chasseurs n'aie eu le temps de les rattraper et de faire sauter les citernes, rendant le tout inutile. Tout cela n'avait aucun sens.
  A moins bien sûr que les camions ne soient un modèle bien plus rapide que la norme, que les badniks soient dotés d'une capacité de défense bien supérieure à la norme. Il ne savait pas, il n'avait pas les informations.

   Et maintenant il se trouvait au milieu de ces troupes ennemies, temporairement invisible mais sans la moindre idée de ce qui se passait. Il pouvait profiter de sa situation pour frapper une fois, mais après cet effet de surprise, il serait écrasé. Aucun intérêt. Il pouvait contacter les directeurs, signaler que de toute évidence c'était un vol massif sans volonté de s'installer – il n'y avait aucune construction ou appropriation véritable en cours, après tout – et que le mieux à faire était d'appeler le GUN et de les laisser s'occuper de tout ça.
  Mais c'était une mauvaise idée. Si le GUN intervenait, il y avait un risque qu'il considère cette occupation comme un acte de guerre. Dans ce cas, la raffinerie ne pourrait en aucun cas être laissée aux mains des robots, et son intégrité deviendrait une considération secondaire devant la nécessité de repousser l'envahisseur. Le complexe risquait alors de partir dans les flammes en même temps que les robots, et Omicron aurait très mal accompli son travail.

  Alors il resta silencieux, observant tout cela en ne sachant que faire. Au-dessus de lui, indifférents, les écrans continuaient à diffuser leur musique. Le petit robot s'assit simplement dans un coin, songeur, observant toute cette cohue. Il aurait pu essayer de détruire les écrans géants pour priver les robots de leur supervision, mais tout le complexe serait devenu un piège mortel dans l'instant suivant.
  Et pour finir, il ne fit rien.

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« Répondre #4 le: Février 01, 2010, 06:20:41 pm »

Un robot de plus s'était mêlé à la foule des robots de l'EA. Une machine s'était ajoutée aux machines de l'installation. Les milliers d'yeux de métal que constituaient les troupes sur place ne rendaient qu'une vision parcellaire dans laquelle cet automate parmi tant d'autres, muni de ses propres fonctions, de son activité propre, ne pouvait rien faire. Son immobilisme, son inaction, étaient sa fonction première, que de ne rien faire, de ne surtout pas agir, et en cela il participait lui aussi de l'opération. Car au plus simple il n'y avait rien qu'il ne puisse y faire.
Il ne s'était trompé que sur un détail.
Le coin où il s'était couché, le plus sûr mais aussi le meilleur pour tout observer, était dans la masse de la raffinerie est, parmi les tuyauteries accumulées qui se croisaient, qui crachaient leurs jets de vapeur. Là, caché par ce réseau bouillonnant et le voile d'air trouble comme en mirage, il pouvait tout voir en passant lui-même inaperçu. Il n'avait pas à se cacher néanmoins cette place avait été privilégiée sur toutes les autres, aussi parce qu'elle était la plus proche, la plus pratique et la moins dénuée de logique. Or la logique, en cet instant, comptait énormément.
Un grincement sourd parcourut tout le complexe, comme un long frisson qu'auraient éprouvés les bâtiments, durant quelques secondes, et qui aurait assourdi quiconque se serait trouvé à sa source. Les tuyauteries des raffineries avaient conduit ce vacarme mieux que toute autre chose, comme s'il s'y était propagé, comme si le liquide, l'eau la vapeur d'eau le pétrole les résidus de pétrole le gaz avaient donné dans les tuyaux de grands coups répétés et tremblants, qui donnaient l'impression que la raffinerie elle-même allait s'effondrer.
Cela prit fin, le bruit tout du moins, qui ne perturba en rien les travaux. Mais les aiguilles de pression, à tous les postes de contrôle, avaient grimpé de six bars et grimpaient encore. Une fois le premier choc passé, les sécurités automatiques contournées le personnel n'était plus là pour prévenir la crise. Ce n'était la surpression qui menaçait de faire exploser le complexe, non, c'était autre chose, quelque chose de plus grand encore, qui se préparait. Parce que le plan avait changé ce que les robots préparaient, avec leurs conteneurs en surpression, ce n'était pas pour le transport. C'étaient des piles.

Le plan avait changé. Ou plutôt le plan n'avait pas changé, il s'était achevé et un nouveau plan avait remplacé le précédent, qui prévoyait cette fois l'occupation. Tous deux étaient subordonnés à un plan supérieur et ce plan-là dictait la nouvelle marche des opérations. Derrière l'absence de logique complète du système expert s'était instaurée la logique froide de la planification, une application extrêmement simple de la théorie à la pratique, qui refusait toute nuance. L'erreur d'Omicron avait été de croire que la raffinerie n'était pas déjà partie intégrante de l'EA.
Toute une nuit, c'était long.
À sa surprise Omicron capta un message. Il ne disposait pas spécialement de radio, il n'avait aucune idée de fréquence mais le fait même qu'il se trouvait dans le complexe avait obligé les communications d'Acharbot à ce tour de force qui était de transmettre les instructions à tous les robots présents. Il reçut à son tour les nouveaux ordres destinés aux troupes, et ces ordres impérieux, ceux d'un programmateur, ordonnaient de peindre la raffinerie en rouge. Tout devait être peint en rouge parfait avant l'arrivée d'Acharbot. Suivaient les instructions pour produire la peinture sur place, et pour chaque robot leur affectation. Omicron en reçut une, aussi vague que l'était sa présence, et sans qu'il ne réponde rien le reste des machines exécutèrent leurs nouvelles fonctions.
Tandis que les unes continuaient à charger le pétrole, d'autres allèrent chercher des pinceaux, d'autres encore de grands jets. Ils se mirent à recouvrir les tuyauteries, les cuves, les raffineries, tous les pipelines de peinture rouge. Il y avait une certaine hâte, mécanique, un empressement à accomplir cette tâche qui était l'empressement de finir avant que les renforts ne parviennent sur place.
Ils avaient une raison de le faire. Omicron devait être surpris très vite de découvrir, sur les tuyauteries, naître comme de la corrosion. Le métal se couvrait de plaques de rouilles, très vite, comme une infestation. Avec la présence de l'EA, avec ce qui se préparait, c'étaient les deux raffineries, leurs pipelines et les cuves qui se corrodaient à vue d'oeil, discret encore, que les machines se pressaient de recouvrir comme pour l'empêcher ou le masquer. Cela était dû à la pression, pas seulement à la pression.

Ce n'était que le début.
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